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Anya, roman initiatique de Clémentine Faïk-Nzuji

Publié le par Clémentine Mansiantima

La mémoire collective, un devoir qu’il faut porter en soi.

Philologue et symbologiste, Clémentine Madiya Faïk-Nzuji est spécialiste des cultures africaines. À travers les interrogations de l’héroïne éponyme, la principale thématique qui se dégage de sa fiction, Anya, roman initiatique, est celle « d’un retour au pays natal ».

Ayant le sentiment d’avoir perdu ses repères depuis l’Europe, Anya décide de rentrer en Afrique en quête de ses racines. Tout se déroule à Kalunga où elle retrouve un oncle paternel, Vùlukà, qui lui a rendu visite au cours d’un rêve. Au terme de trois jours d’échanges et d’apprentissage, Anya repart investie du devoir de sauvegarder la mémoire collective.

D’entrée de jeu, Faïk-Nzuji instruit le lecteur du sens et de la phonétique de l’onomastique en Tshiluba, ainsi que du signe spécifique, séparant certains paragraphes, qui « signifie, dans la symbolique africaine : connaissance, maturité, mûrissement de la connaissance dans l’être et la plénitude qui en résulte » (p. 7). Elle dresse également l’arbre généalogique de ces deux principaux protagonistes issus d’un ancêtre commun. La typographie en italique des rêves et les titres des rêves post-titrés en majuscule soulignent la construction singulière de l’œuvre.

Outre l’identité générique, « roman initiatique », le récit est marqué par l’entrelacement de l’histoire proprement dite d’Anya et la mention de ses multiples rêves. Le texte est divisé en deux sections sous-titrées, le nom du personnage suivi du sens (phrase impérative) lié au rôle incarné dans l’œuvre, à savoir « Anya ! Tiens bon ! » (p. 13), l’étape de questionnement d’Anya et « Vùlukà ! Souviens-toi ! » (p. 83), l’étape de l’instruction auprès de l’oncle.

Au total, vingt rêves, à élucider, scandent l’évolution du récit et s’imposent comme composante essentielle du cheminement initiatique d’Anya. Le rêve du prologue, « Pont sans attaches » (p. 12) trouve son écho dans celui de l’épilogue, « Pont de reliance » (p. 117).

La composition du texte est celle d’un conte oral au dénouement heureux, sous la forme d’un schéma narratif en cinq étapes. Entre la situation initiale (le prologue) et la situation finale (l’épilogue) se dégagent, d’abord l’élément perturbateur (la récurrence des rêves), ensuite l’action (le retour au pays natal), enfin l’élément de résolution (l’initiation). Anya qui est « rev[enue] parmi les siens pour une seconde naissance » (p. 27), repart « comme une nouvelle graine qui germe : sa tige ne sort de la terre que lorsque les racines sont bien ancrées en profondeur » (p. 168).

Comment acquérir et transmettre une expérience humaine ? Cette interrogation bouscule la perception de l’écriture fictionnelle de Faïk-Nzuji au profit d’une réflexion sur l’identité culturelle ou l’appartenance à une conscience collective : « la mémoire [est] un devoir qu’il faut porter en soi » (p. 73).

Anya, roman initiatique devient un roman expérimental…

A lire absolument…

Clémentine Faïk-Nzuji, Anya, roman initiatique, Bierges, Éditions Thomas Mols, 2007.

Clémentine Mansiantima Nzimbu

15 août 2014

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